Formation CIECC · Économie des technologies
Déployer les technologies énergétiques : loi de Wright, LCOE et coût du capital
Une technologie ne gagne pas parce qu'elle est meilleure. Elle gagne parce que sa courbe de coût descend, et parce que quelqu'un finance cette descente.

Comment une technologie chère devient compétitive
Ce deuxième module du 17 juillet 2026, dans la formation CIECC à l'IEAM Paris, ouvre le moteur. Le module précédent avait posé le décor institutionnel : instruments, mission, trajectoire. Celui-ci traite la mécanique économique de la descente des coûts, et surtout la manière de la vérifier sur un projet réel.
Deux lois structurent la démonstration. Wright, selon qui les coûts baissent avec la production cumulée. Rogers, selon qui l'adoption suit une courbe en S.
La loi de Wright : apprendre en produisant
À chaque doublement de la production cumulée, le coût unitaire baisse d'un pourcentage constant appelé taux d'apprentissage. Les séries publiées par l'agence internationale des énergies renouvelables documentent l'effondrement des coûts solaires sur deux décennies, cas d'école du mécanisme.
Trois conséquences stratégiques en découlent. L'avantage au premier déployeur massif, qui descend la courbe avant les autres et vend ensuite au monde des coûts que personne ne peut égaler. La justification économique d'un soutien temporaire, puisque le déploiement produit de l'apprentissage. Et l'asymétrie durable qui en résulte entre pays.
La limite a été traitée honnêtement : la loi de Wright s'applique aux produits manufacturés en séries longues, photovoltaïque, batteries, électrolyseurs. Elle s'applique mal aux grands ouvrages unitaires, où la standardisation est faible et les effets d'apprentissage plus lents.
Le LCOE et la variable qui décide vraiment
Le coût actualisé de l'énergie fournit un langage commun : coûts complets actualisés divisés par production actualisée, un seul chiffre en euros par mégawattheure.
L'exercice fait au tableau portait sur un mégawatt-crête solaire, calculé intégralement, facteur d'annuité sur vingt-cinq ans compris. Le résultat le plus important n'est pas le chiffre final mais sa sensibilité : passer d'un coût moyen pondéré du capital de 3 % à 8 % renchérit le mégawattheure d'environ 47 %, à technologie strictement identique. Le coût du capital est la variable dominante, ce qui referme la boucle avec la visibilité réglementaire traitée au module précédent.
Les limites du LCOE ont été posées. Un mégawattheure produit à treize heures en juin ne vaut pas un mégawattheure produit à dix-neuf heures en janvier. Et les coûts de réseau, de flexibilité, de stockage et de capacité de secours sont payés par le système, sans apparaître dans le LCOE d'une installation.
Courbe en S et instruments de tirage
La diffusion suit une courbe en S, des innovateurs aux retardataires. Le moment critique est le passage à la majorité précoce : c'est là que le soutien public doit passer le relais au marché.
Cinq mécanismes de tirage ont été comparés, du tarif garanti aux enchères. La règle d'or qui s'en dégage est double : un bon soutien est dégressif, calé sur la courbe de Wright, car un soutien constant sur une courbe qui descend fabrique de la rente. Et un bon soutien est révélateur : les enchères font dire aux industriels leurs vrais coûts, ce qui dispense l'État de les deviner.
Évaluer un projet innovant en cinq temps
La méthodologie proposée impose de prouver le niveau de maturité réel de chaque brique critique par des tiers, puis de construire un business case multi-dimensions, avant tout engagement.
Le retour d'expérience apporté était direct : vu depuis les grands projets de transition, subsea, offshore et hydrogène, le développement de haute qualité commence par un référentiel coût-délai-périmètre signé, puis défendu dans la durée.
France 2030 sur pièces
Le cas fil rouge a été traité avec les chiffres du bilan officiel d'avril 2025, complétés par une étude indépendante d'octobre 2025. Environ 39 milliards d'euros engagés sur une enveloppe annoncée de 54 milliards, un jalon d'octobre 2025 autour de 40 milliards, environ 7 500 projets soutenus et plus de 7 000 bénéficiaires uniques, 150 000 emplois créés ou mobilisés portés à environ 156 000 en octobre 2025, environ 6 000 brevets générés, 14 indicateurs sur 16 en ligne ou en avance, et 10 milliards orientés vers les technologies de rupture.
La doctrine a été testée par la structure réelle des lauréats. Premier test, les acteurs émergents : 55 % des bénéficiaires sont des petites et moyennes entreprises, entreprises de taille intermédiaire et très petites entreprises, 28 % des acteurs publics de recherche et de formation, 17 % de grandes entreprises. Second test, les territoires : 48 % des fonds vont à des porteurs situés en régions hors Île-de-France.
Un point de vocabulaire a été imposé, parce qu'il conditionne l'honnêteté du bilan. Annoncé, engagé et décaissé désignent trois réalités distinctes : une enveloppe politique, un montant contractualisé avec des lauréats, et l'argent effectivement versé selon les jalons atteints.
Placer chaque chiffre sur les courbes
L'exercice transférable du module consiste à prendre le bilan d'un programme et à placer chaque ligne sur les courbes. L'électrolyse, avec 0,4 GW installés et 0,8 GW en construction, traverse la vallée de la mort industrielle et reste le pari le plus contesté. Les 640 000 véhicules électriques produits fin 2024 pour environ 3,7 milliards d'euros, face à une cible d'environ deux millions, sortent de la phase précoce d'une courbe en S dont l'inflexion reste à confirmer, avec un tirage assuré par des normes européennes datées. La décarbonation industrielle, avec 7,2 mégatonnes de CO₂ évitées sur 11 visées pour 368 projets et 1,5 milliard d'euros, illustre un tirage direct où l'État achète des tonnes évitées.
Le livrable final du module est une grille d'audit en dix questions à passer avant d'engager un euro, dont la première : le problème est-il posé avant la technologie, alternatives comprises.