Leadership & développement personnel

Never give up

Ce ne sont presque jamais les grands drames qui arrêtent une trajectoire, mais l'accumulation de petits empêchements que l'on finit par ne plus franchir. Reprendre l'essai est une discipline, pas un élan.

Never give up
Leadership & développement personnel · Jean Moïse NDOH

On imagine que les vies s'arrêtent sur des catastrophes. Elles s'arrêtent bien plus souvent sur des détails.

"Don't let life's little obstacles keep you from trying."

Ne laissez pas les petits obstacles de la vie vous empêcher d'essayer. La phrase paraît banale. Elle désigne pourtant le mécanisme le plus efficace d'abandon que je connaisse, et le plus discret.

Les petits obstacles sont les plus efficaces

Un grand échec se raconte, se digère, se transforme parfois en récit utile. Le petit obstacle, lui, ne se raconte pas. Un dossier incomplet, un courrier sans réponse, une inscription au mauvais moment, une journée trop chargée pour appeler. Chacun de ces éléments est parfaitement raisonnable pris isolément. Additionnés sur deux ans, ils produisent exactement le même résultat qu'un renoncement assumé, sans jamais avoir exigé de décision. C'est là leur force : ils n'obligent à rien, ils suffisent à tout empêcher. Personne ne se souvient d'avoir abandonné, chacun se souvient d'avoir manqué de temps.

L'usure plutôt que l'échec

Ce qui arrête les gens compétents n'est presque jamais l'incapacité. C'est la fatigue accumulée de recommencer une démarche déjà tentée. La deuxième candidature coûte plus cher que la première, non par difficulté technique, mais parce qu'il faut de nouveau accepter l'incertitude. J'ai vu des ingénieurs très solides ne jamais demander la responsabilité qu'ils méritaient, non par manque de valeur, mais parce qu'un premier refus mal expliqué avait rendu la seconde tentative trop coûteuse intérieurement.

Ce que la conduite de projet apprend sur la reprise

Les projets complexes offrent une leçon transposable. Aucun d'entre eux ne se déroule comme prévu, et personne ne les arrête au premier écart. On mesure l'écart, on en cherche la cause, on ajuste la prévision, on repart. Le réflexe professionnel consiste à traiter la difficulté comme une donnée, non comme un verdict. Appliqué à une trajectoire personnelle, ce réflexe change tout : une tentative manquée devient une information sur la méthode, et non une information sur la personne. Cette distinction paraît mince ; elle décide pourtant de la capacité à recommencer une troisième fois.

Réduire la taille de la tentative

Quand l'énergie manque, la solution n'est pas d'en réclamer davantage, mais de diminuer la marche à franchir. Un essai doit rester assez petit pour être tenté un jour ordinaire, après une journée pleine. Écrire une page plutôt qu'un chapitre. Envoyer un message plutôt que préparer un dossier complet. Poser une seule question au lieu de préparer un exposé. La constance naît rarement de la volonté ; elle naît de la taille raisonnable de l'effort demandé.

Distinguer le renoncement de la réorientation

Persévérer n'est pas s'obstiner. Certaines voies doivent être quittées, et il existe un courage propre à celui qui décide d'arrêter. La différence tient à l'origine de la décision. On se réoriente à partir d'une évaluation, en connaissance de cause, après avoir vraiment essayé. On renonce à partir d'un découragement, souvent le soir, souvent sans avoir mesuré quoi que ce soit. Une règle simple aide : ne jamais arrêter un projet un jour de fatigue, et ne jamais s'engager un jour d'enthousiasme.

Le rôle des témoins

Un essai partagé résiste mieux qu'un essai secret. Dire à une personne de confiance ce que l'on entreprend crée une obligation légère, très supérieure à la discipline solitaire. Ce témoin n'a pas besoin de conseiller ; il lui suffit de demander, de temps en temps, où en est la chose. Dans ma propre expérience, les projets abandonnés sont presque toujours ceux dont personne n'avait connaissance. Ceux que j'ai menés à leur terme avaient au moins un observateur, parfois un seul, mais suffisamment attentif pour rendre l'abandon inconfortable.

Recommencer sans dramatiser

Le mot persévérance évoque des images excessives : la volonté héroïque, l'effort continu, le sacrifice. La réalité est beaucoup plus modeste. Il s'agit de reprendre, souvent après une interruption, sans se punir du temps perdu et sans exiger de soi une explication. Le délai n'a pas d'importance ; seule compte la reprise. Les obstacles que la phrase de 2014 désigne ne disparaîtront pas, ils reviendront chaque semaine sous une forme nouvelle. La seule réponse durable consiste à les traiter pour ce qu'ils sont : de petites choses, jamais un jugement, et certainement pas une raison suffisante de ne plus essayer.