Gouvernance & infrastructures

Pourquoi l'Afrique fait face à un impératif technocratique dans la gouvernance ? Analyse critique du cas Nachtigal

420 MW, 1,2 Md€, et une dyschronie de chemin critique entre production et transport qui expose l'État à plus de 152 M€ par an de take-or-pay.

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Plateforme énergétique offshore en mer
Les grandes infrastructures énergétiques exigent une gouvernance synchronisée de bout en bout.Crédits image →

L'efficacité des grands projets structurants en Afrique ne saurait se mesurer à la seule aune de la mobilisation des capitaux ou de l'achèvement du génie civil. Elle dépend intrinsèquement de la synchronisation des chaînes de valeur, un domaine où l'expertise technocratique est indispensable.

Le projet hydroélectrique de Nachtigal au Cameroun offre une illustration paradigmatique de cette nécessité :
- Budget : environ 786 milliards de FCFA, soit 1,2 milliard d'euros.
- Puissance : 420 MW, soit 30 % de la capacité du pays.
- Durée : plus de 5 ans de travaux titanesques.

Cependant, l'analyse de son déploiement révèle une dyschronie majeure dans la gestion du chemin critique : la finalisation de l'infrastructure de production a devancé la mise à niveau capacitaire du réseau de transport, indispensable à l'évacuation de l'énergie.

L'impact de l'asymétrie de planification

Cette absence d'alignement stratégique entre la production en amont et le transport en aval, au-delà de ne pas résoudre le problème initial pour lequel ce projet a été mis en œuvre, expose l'État aux rigueurs des clauses contractuelles de type « take or pay ». En conséquence, le Trésor public se trouve contraint de rémunérer une énergie disponible mais non distribuée.

L'impact financier de ce défaut de coordination est estimé à plus de 100 milliards de FCFA par an, soit environ 152 millions d'euros. Une dépense qui grève le budget national et qui aurait pu être neutralisée par une planification intégrée rigoureuse.

La nécessité d'une technocratie compétente

Ce cas d'école démontre que l'Afrique doit urgemment valoriser des profils technocrates, maîtrisant à la fois la vue hélicoptère du contexte global, l'ingénierie financière et la gestion de programmes complexes.

Il est impératif de transcender l'approche en silos pour adopter une gouvernance systémique, seule garante de la rentabilité économique et sociale des investissements publics.